L’ART TEXTILE JAPONAIS, DISCRÈTEMENT PERFECTIONNÉ

Mame Kurogouchi

Mame Kurogouchi part d’un principe simple et exigeant : l’artisanat textile japonais, confié aux artisans qui le perpétuent encore, peut exprimer bien plus qu’un imprimé ou une silhouette. Fondée à Tokyo en 2010 par Maiko Kurogouchi, la maison consacre depuis plus de dix ans son travail à la création de tissus uniques, développés en collaboration avec des manufactures rurales et des artisans de tout le Japon, avant d’être taillés en vêtements à la fois sobres, précis et profondément personnels.

Cette sélection explore les codes fondamentaux de la maison : jacquard floral décliné en empiècements semi-transparents à double épaisseur ; maille ajourée côtelée au tombé fluide, comme une seconde peau ; et pull à demi-zip en maille dégradée, dont la densité évolue de l’épaule à l’ourlet. Rien ici n’est ostentatoire. Chaque pièce invite à un second regard.

Le nom de la maison vient de « mame », qui signifie « haricot » en japonais et qui était aussi le surnom de l’enfant de la créatrice — un détail qui en dit long sur l’approche personnelle qu’elle accorde à son travail. Après avoir étudié à l’Institut de mode Bunka et travaillé dans l’atelier d’Issey Miyake, Kurogouchi a fondé une maison vouée à la préservation de l’artisanat textile japonais, collaborant étroitement avec des artisans ruraux de tout le pays pour développer des tissus et des techniques qui n’existent nulle part ailleurs.

Ses collections sont largement autobiographiques et puisent dans ses voyages à travers le Japon ainsi que dans son lien profond avec ses textiles vintage, sa céramique et sa peinture. Là où d’autres créateurs se tournent vers des références, Kurogouchi puise dans la mémoire : un surnom d’enfance, un paysage, une pièce de poterie aperçue une fois et jamais oubliée. Il en résulte des vêtements à la fois discrètement poétiques et techniquement exigeants : des silhouettes fluides issues d’une construction d’une complexité trompeuse, où cette sophistication se ressent plutôt qu’elle ne s’affiche.

Notes du designer

Ce qui distingue Mame Kurogouchi, c’est l’usage de la retenue comme d’une maîtrise technique, et non comme d’une simple ambiance. Les jacquards floraux sont ici superposés plutôt qu’imprimés, créant une profondeur et des jeux d’ombre qu’aucun tissu simple ne pourrait offrir. Les tricots jouent le même jeu à l’inverse : des formes d’une simplicité trompeuse, réalisées à partir de techniques (côtes ajourées, dégradés ton sur ton) qui exigent un véritable temps de travail et un savoir-faire manuel. Rien n’est orné pour le plaisir de l’ornement. Chaque choix technique se justifie pleinement.

Conçu et confectionné au Japon.